2017/1 : "Destins de l'affect "

coordination : Marianne Baudin et Frédérique Debout



Dans une société où violences agies et banalisation engagent le risque de répression intense de l'affect, nous sommes aussi -et paradoxalement- aux prises avec des messages incitant au surcroit émotionnel et à l'excitation pulsionnelle.

Les mouvements individuels et sociétaux contemporains nous invitent à réinterroger les conditions de la mobilisation de la pensée – tout comme celles des attaques dont elle fait l’objet. N’aurions-nous pas affaire à une désaffectation banalisée ? Nous voici poussés à interroger les liens unissant affect et action mais aussi affect et relation d'objet.

Dans la pratique psychanalytique, les cures de patients "silencieusement" déprimés, parfois addictifs, répriment leurs affects jusqu'à geler tout mouvement de vie psychique. Parfois, les affects désignés comme "mouvements en attente de forme" (Green), ne se repèrent que dans le contre-transfert de l'analyste. Comment alors mettre au travail la "réanimation", voire la construction, de l'affect dans le transfert?

Trouble de la pulsion et de son expression, ce qu’on a pu nommer la "désaffectation" serait-elle une défense visant moins la représentation que l'affect ? Mais alors : pourquoi l'affect ? Et, à quels remaniements en métapsychologie et psychopathologie de telles questions nous mènent-elles? Quelle part revient-elle au narcissisme en souffrance et aux questions identitaires (au moins dans la reconnaissance d’un autre que soi) ?

Ce numéro se propose non seulement de mettre en discussion, à partir de la clinique, le concept de « désaffectation » proposé par Joyce Mac Dougall mais également d’interroger la nature de ces régimes pulsionnels auxquels le clinicien a désormais de plus en plus affaire tant dans la cure que dans des cliniques dites hors les murs ou dans le champ social : violence sans sadisme par pure décharge (de pulsion de mort ?), somatisations, incivilité ordinaire, jusqu'à ce que l 'on désigne dans nos médias quotidiens comme les "actes barbares".



Textes attendus pour le 01 janvier 2017